mardi 22 novembre 2011

Rêve d'une Course libre


Aujourd'hui, face à la fenêtre de ma salle de cours, j'ai rêvé...

Pas très sérieux vous allez me dire, mais peu importe, cette amour du Taureau, avec un grand T, me fait m'évader si loin que personne ne peut me l'enlever, même pas mon prof de comptabilité…

Il s'élève là, devant moi, majestueux, ce grand Cocardier du domaine de Grand Badon. Il me fixe, secoue ses grandes bannes, et gratte le sol, je ne peux m'empêcher de frissonner en voyant cette image surréaliste dans ma petite tête d'étudiant d'Ecole de Commerce qui ferait mieux de suivre son cours de comptabilité..

Je reprends le cours en route, zut, j'ai raté l'explication sur les dotations aux amortissements... Tant pis, repartons à l'aventure...

Debout sur le mur du toril de l'enclos de tri, je surplombe les près du Domaine des Pavillons appartenant à une des plus anciennes manades de Cocardier. Le soleil se lève, et face à moi, je ne peux qu'admirer les taureaux jeunes qui s'agitent en voyant pointer les premiers rayons, dimanche matin, en Avril il fait frais, je frissonne... et zut maintenant c'est l'exercice d'application que je viens de rater! Décidément...

Il est midi (enfin, dans mon subconscient, en réalité, il est 9h30, et le cours bat son plein...), et le tri des cocardiers de la royale de cet après-midi est désormais terminé. Ils y sont tous, le biou de l'Avenir de la saison 2010; et le Biou d'Or 2010, et avec eux, des cocardiers d'excellence, chacun dans son rôle. L'encocardement se révèle compliqué, les taureaux semblent excités, et prêts à partir au combat, les raseteurs vont avoir du boulot aujourd'hui, pas de triche possible avec ces taureaux. La vedette de la manade lève la tête, me toise du regard, quelle beauté, un frisson me parcours... l'arrivée du prof au dessus de ma tête me fait émerger, "ben alors Corentin, dans la lune aujourd'hui?, en quelque sorte Monsieur" lui répondis-je.

Il est 16h, et la capelade démarre, les arènes sont pleines pour ce premier grand évènement taurin de la saison que représente la royale de la devise Verte et Blanche. Carmen retentit, les hommes entrent en piste, on peut ressentir la pression sur leur visage, ils savent qu'aujourd'hui rien ne leur cela pardonné, tant du côté des cocardiers, que du public, et de l'organisateur.
La jolie V. me sourit, à quelques rangs en dessous de moi, un rayon de soleil me réchauffe en ce jour de froid mistral, je frissonne... on me tape sur l'épaule, je me retourne, et je vois mon voisin de classe qui me demande à quoi je pense aujourd'hui. Je ne lui réponds pas, il me tend sa feuille, je recopie les exercices d'applications en vitesse, et je retourne à ma course.

Les premiers cocardiers sont sortis, et ont considérablement chauffé le public qui trépigne désormais d'impatience, à quelques secondes de la sortie des deux cocardiers vedettes de la Manade. Il y a quelques places libre un peu plus bas, je descends, et me retrouve au 2ème rang, la jolie V. et moi ne sommes désormais séparés que par un couple d'afeciounas de longue date qui me saluent d'ailleurs au passage.

Voilà le biou de l'avenir 2010, qui entre en piste, plein de prestance, il se cale cul aux planches et viens me chercher "collègue" comme dirait mon voisin de classe beaucairois, celui qui, à côté de moi écoute attentivement le prof de compta.
Moi, j'écoute mes battements de cœur qui se font de plus en plus forts au fur et à mesure des formidables enfermées dont nous gratifie le cocardier. Le voilà qui saute après le tourneur, juste sous mes yeux, j'entends V. crier, nous nous levons en même temps, mais ouf, le tourneur a réussi à repasser sous les planches pour éviter les coups de cornes criminels de notre cocardier d'avenir. Le quart d'heure est complet, intense, dominateur, Carmen retenti, le public est ravi, il applaudit et V. me sourit, un frisson me parcours, le plus beau reste à venir.

Et voilà la vedette, fier, la tête haute, le biou d'Or 2010 est fortement ovationné. Après plusieurs tours de reconnaissances, le taureau choisi son terrain côté présidence. La trompette retenti, les hommes se jettent inconsciemment à l'abordage, surement électrisés par l'ambiance qui règne dans les arènes. Première action et c'est l'explosion aux planches cornes criminellement pointées, corne gauche traversant le pantalon blanc du leader du trophée. Plus de peur que de mal, le public applaudit à tout rompre l'exploit de l'homme en blanc, qui, main sur le frontal a traversé la piste dans sa longueur.
Le Biou semble apprécier que les hommes s'attaquent loyalement à lui, et il met tout son cœur, sa noblesse et sa méchanceté au service du spectacle.
Le chouchou des Afeciounas, l’élégant gaucher qui se fait appeler torero par le temple qui se dégage de ses affrontements face aux plus grands cocardiers se met lui aussi au diapason et me délecte de ses fantastiques rasets.
Dans les gradins, on se sourit, on se frotte les mains, on applaudit, on chante Carmen! Le public est aux anges, la jolie V. aussi, elle me gratifie d'un de ces sourires qui vous font chavirer, je frissonne...

Il reste une minute de course, mon couple d'Afeciounas se jette sur deux places au 1er rang, je me retrouve assis à côté de V., notre cocardier, lui, est impassible, il attend le raset suivant.
Le second gland monte jusqu'à 1 000 € le public se lève et tape des mains, notre gaucher part, le biou d'Or lui coupe totalement le terrain, terreur dans les gradins, certains se retournent, d'autres comme moi se demandent si le raseteur va réussir à se coucher, V. se cache les yeux, et le moment tant recherché par les afeciounas a lou bious arrive.

Notre héros en blanc, lâche son crochet, rectifie sa trajectoire, pose sa main sur le frontal du biou d'Or, s'appuie dessus, et dessine une courbe parfaite où, noir et blanc ne font plus qu'un jusqu'à l'envolée fusionnelle, où nos deux complices se séparent! Le raseteur, triomphe, point levé, le gland attrapé à la main, le public est en extase, certains pleurent, certains s'enlacent, V. me regarde, je lui prends la main, et je lui donne un baiser d'Adieu sur ses jolies lèvres chaudes, il est midi maintenant, et la comptabilité et fini, la Course aussi... El Sueno tambièn! Hombre que Aficion!


Par Corentin Carpentier


Par Corentin Carpentier

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