dimanche 17 juin 2012

Résumé de la 60ème Féria de Pentecôte par Arnaud Bord

Quelques semaines après la clôture de cette 60 ème Féria de Pentecôte, l’heure du bilan est venue.

Pour commencer, parlons de l’affluence : à l’heure où certains médias effectuent des conclusions sur un évident déclin de la corrida, Nîmes accuse une baisse nettement inférieure à ses concurrentes avec un plein pour la corrida équestre et plusieurs très bonnes affluences comme le vendredi soir, le samedi soir ou encore le lundi soir. L’explication principale étant les difficultés économiques actuelles et pour deux courses l’attractivité moins évidente des cartels, plus orientés vers des publics avertis.

Maintenant côté artistique, le point culminant est sans aucun doute le seul contre six de Javier Castano face à des toros de Miura de présentation discutable certes mais des Miura tout de même remplis par ailleurs de plus en plus de noblesse, chose qui convient peu aux plus puristes..

Ce soir là Javier Castano, peu connu du grand public, a été plus qu’à la hauteur de l’évènement.

Dès son premier toro, le maestro s’est attaché avec grand professionnalisme, à effectuer une lidia quasi parfaite, où chaque tercio tenait son importance, où chaque acteur avait sa mise en avant et ou le coup d’épée fut de ceux que l’on n’oublie pas, un recibir d’environ 7 mètres quasi foudroyant.

Le tempo de la tarde était donné, et cela ne faisait que commencer, car tout au long de ses six toros Javier Castano a montré au public Nîmois présent l’ensemble du répertoire qu’un matador peut distiller dans ce genre de corrida. Il est à noter les mises en suerte durant les tiers de pique, de grande qualité, notamment sur le troisième exemplaire de l’après-midi où le maestro n’hésita pas à placer le cornu à trois reprises au toril pour le faire venir sous la présidence, toro qui par ailleurs aurait peut-être mérité meilleur sort à la fin de la faena …

Par ailleurs cette tarde a été marquée par la qualité des subalternes de Javier Castano tous à l’unisson de ce moment historique avec des paires de banderilles comme on aimerait en voir souvent dans l’amphithéâtre.

Seul bémol de la soirée, une présidence parfois dépassée par les évènements, heureusement très bien suppléée par un maestro déterminé à marquer de son empreinte son passage Nîmois.

Dans les autres moments où l’émotion fut au rendez-vous cette semaine de pentecôte c’est bien sur le retour sur le sable Nîmois du Cyclon de Jerez depuis sa terrible cornada. L’ovation qui lui fut réservée était à la hauteur du courage et de la volonté qu’il déploie tout les jours pour continuer de vivre sa vie de torero , ovation par ailleurs partagée par ses compagnons de cartel, notamment Juan Bautista auteur ce matin là d’une prestation très intéressante, sérieuse, appliquée, dans un créneau ou désormais peu officient.

Le vendredi soir était aussi un bon moment de ce cycle. Le public Nîmois a redécouvert la competencia entre deux stars de la tauromachie, El Juli et Sebastien Castella, avec comme témoin un certain Jimenez Fortes qui, en essayant de se mettre à hauteur des maestros se rendit vite compte que le chemin était encore long à parcourir pour arriver à leurs niveau et sans une protection peut-être divine aurait pu quitter la capitale gardoise avec de graves blessures. Heureusement il n’en fut rien et seuls les triomphes des deux premiers marquaient cet tarde.

Enfin dans les moments agréables de cette feria, il y a bien évidemment le lundi matin, où le public, venu nombreux ( no hay billetes ) , a pu assister à un grand moment de rejon où le résultat comptable, certainement très généreux , n’est qu’anecdotique par rapport au plaisir pris par les aficionados présents. L’après midi, Enrique Ponce a encore une fois conquis le peuple Nîmois au terme d’une deuxième faena à la hauteur de ce que l’on espère du diestro Valencian .

En ce qui concerne les moments plus anecdotiques il y a la corrida du mercredi soir où comme souvent lors des courses d’ouverture à Nîmes, il ne s’est pas passé grand-chose, et une corrida du Jeudi ou la seule satisfaction venait de Juan Pablo Sanchez, certainement à revoir mais malheureusement accompagné ce jour-là par des compagnons de cartel dont la présence à Nîmes était étonnante…

Dernier point de ce bilan, c’est la novillada, dominée de la tête et des épaules par un Juan Leal déterminé à remporter cette Cape d’or et qui le fit avec brio, classe et beaucoup de maturité . Certains diront qu’il connaissait bien le bétail car évoluant avec toute l’année, certes, mais cela ne fait pas tout …

Tout ceci emmène à parler de trois points majeurs: le niveau des cartels proposés par l’empresa, la présence des français, et enfin l’attitude de l’empresa qui fit couler beaucoup d’encre.

Concernant les cartels de cette féria du 60ème anniversaire, beaucoup d’aficionados, lors de leur annonce, semblaient septiques ;

Au final, seuls les deux premières courses ont été vraiment décevantes, dont celle du jeudi qui rendait déjà dubitatif sur le papier et qui malheureusement a été à la hauteur des inquiétudes des aficionados.
Il y eut ensuite des choses à voir dans toute les autres avec un grand coup de « poker » réussi avec l’encerrona de Javier Castano dont certainement on reparlera dans plusieurs années.

L’empresa avait prévenu, il fallait juger sa programmation sur l’ensemble des deux feria de cette année 2012.
Alors on sait déjà que l’ensemble des stars de la tauromachie seront présentes sur les deux cycles, contrairement aux autres plazas de première catégorie françaises, avec, en ligne de mire, le seul contre six de José Tomas, très discret en cette saison 2012…Donc qu’attendre de plus ? Que demander de plus ?

Certains auraient aimé un cartel 100 % français, effectivement pourquoi pas…
En parlant des français, une grande satisfaction en ce qui me concerne, pas moins de 5 français présents lors de ce cycle de Pentecôte, dont un , Juan Bautista répété en raison de la blessure d’Ivan Fandino.

Tiens donc un français qui remplace un maestro blessé, n’était-ce pas ce qui était reproché à l’ Alésienne, qui par ailleurs devait gérer pluie, antis, et qui, sur deux courses avait programmé Tomasito sur l’une d’elles et le concours Toros de France sur l’autre ?

Nul ne prétend être parfait, c’est sûr mais à mon goût cette présence a été peu relevée par les observateurs et autres médias, ou en tout cas pas mise en valeur.
J’en profite pour faire une parenthèse pour mettre en avant l’AMTF , surement avenir de notre tauromachie nationale, dont les débuts sont timides mais qui dans le futur, avec l’aide de chacun , pourra faire valoir le talent de nos maestros nationaux.
Enfin comment conclure sans évoquer rapidement, car cela ne mérite pas plus à mes yeux, la faute, l’erreur, l’indigne réaction de Simon Casas lundi après-midi. Alors oui ce qui s’est passé est tout à fait regrettable mais le battage qui a suivi cet incident l’est tout autant.
Il est dommage de donner de la matière à ceux qui de jours en jours s’évertuent à prouver que la corrida n’a plus lieu d’être, que les spectateurs sont de sombres barbares assoiffés de sang, j’en passe et des meilleures et ce sur l’une des plus grandes chaine nationale publique ? Le débat ne se situe t’il pas ici ? Peu de commentaires à ce sujet …

Oui il n’avait pas à faire ça, mais n’y a-t-il pas plus grave ? N’y a-t-il pas d’autres débats, comme le précédent par exemple plus important ? Et puis d’autres personnalités ont eu des écarts de langage non ? Comme l’ancien président de la République, a ton remis en question ses qualités et son travail accompli à ce moment là ? Je ne crois pas.

Simon Casas à l’image de chacun de nous, n’est qu’un homme, que l’on aime ou pas, mais qui au fil des années à fait vivre de grands moments à l’aficion Nîmoise.
Son grain de folie, très flamenco , et fondamentalement artistique, a permis des paris que peu de personnes auraient tenté , et dont l’aficion garde des souvenirs encore intact .

Alors ne faut-il pas stopper cette polémique qui n’emmène que peu de choses à l’aficion hormis des divisions entre aficionados et professionnels et qui donne lieu à des échanges sans fin et souvent sans grand intérêt ? Il est primordial que l’aficion soit le contre poids des organisateurs pour que les corridas grandissent mais est ce que cela doit sortir des arènes ? Doit-on alimenter les journaux locaux friands de ce type d’incident ravivant les clics des antis ?

Désormais tournons nous vers l’avenir, vers la feria des vendanges qui s’annonce historique, n’ayons pas peur d’employer le mot ; après reste à souhaiter que ce qui sera couché sur le papier aura un rendu artistique de même hauteur.

Rassemblons nous pour que grandisse la fiesta brava, continuons à éduquer les jeunes et autres néophytes pour que nos traditions se perpétuent, et tachons au quotidien de mettre en avant les professionnels français à travers Toros de France pour les ganaderos, l’AMTF pour les toreros et autres concours de picadors …


Arnaud BORD